Forces canadiennes : des pistes de solution pour mettre fin à l’homophobie et la transphobie

Par WebmestreAccueil, Actualités

Pascal Vaillancourt
Directeur général d’Interligne
Ancien membre des Forces armées canadiennes

Comme plusieurs d’entre vous, j’ai regardé l’émission J.E. du 25 octobre 2016 qui  portait sur l’homophobie flagrante dans les Forces canadiennes dans les années 1980 et 1990. Je tiens d’abord à dire que mes pensées accompagnent les victimes de ces actes contre la dignité de la personne. Je souhaite également de tout cœur que leurs demandes de reconnaissance et de réparation soient entendues par les Forces et par le gouvernement canadien.

Au lendemain de la diffusion de l’émission, le commentaire suivant est revenu fréquemment à mes oreilles : « Oui, mais ce n’est plus comme cela, les choses ont changé dans les Forces ». Évidemment, il y a eu une évolution depuis cette chasse aux gais et lesbiennes des années 1980 et 1990. Cela dit, pendant mes 16 ans dans les Forces, de 2000 à 2016, j’ai quand même été témoin de commentaires homophobes, lesbophobes et transphobes qui, dans certains cas, visaient à humilier la personne ciblée.

Pour mettre fin à cette situation, les Forces canadiennes doivent reconnaître la situation, améliorer les directives déjà mises en place, adopter une politique de tolérance zéro et affirmer leur ouverture à la diversité sexuelle et de genre.

Appliquer l’énoncé d’éthique de la Défense nationale

Le premier principe défendu dans l’énoncé d’éthique de la Défense nationale est celui de respecter la dignité de toute personne.  Ce principe est défini, entre autres, par la valorisation de la diversité et l’avantage de combiner les qualités uniques et les forces propres à une main-d’oeuvre diversifiée. On peut donc constater que les Forces canadiennes ont un code d’éthique inclusif. Le moment est toutefois venu de faire preuve davantage de leadership dans l’application de ce code d’éthique.

Bien qu’il y ait de bons leaders dans les Forces, certains militaires forgent encore le caractère de leurs recrues en introduisant des valeurs sexistes et des stéréotypes de genre. Les clichés et les insultes sexistes, homophobes et transphobes doivent disparaître et faire place à des méthodes novatrices afin de valoriser les qualités de tous les membres des Forces armées.  Pour ce faire, des campagnes de sensibilisation devront être diffusées et les formations actuelles devront être mises à jour.

Inclure la diversité sexuelle et de genre dans les formations et les outils de sensibilisation

J’ai été témoin de l’arrivée de formations sur la prévention du harcèlement, de la discrimination et de l’abus au sein du ministère de la Défense nationale. J’ai moi-même été formé par cette organisation pour agir à titre de conseiller en prévention du harcèlement. La formation est accompagnée de la responsabilité d’agir dans les situations où des membres demandent de l’aide et lorsque nous sommes témoins de situations inacceptables. De plus, rappelons-le, toutes les unités doivent avoir des membres formés en prévention du harcèlement.

Ces formations, ainsi que les Directives et ordonnances administratives de la Défense (DOAD) et les Ordonnances administratives des Forces canadiennes (OAFC) mentionnent clairement les lignes de conduite attendues des militaires concernant le harcèlement, la discrimination, l’abus de pouvoir et les inconduites sexuelles. Ces documents mentionnent également que les militaires sont assujettis à la Loi canadienne sur les droits de la personne pour les comportements en matière de harcèlement.

Ainsi, des outils de sensibilisation à la discrimination et des formations existent, mais elles doivent être revues afin d’intégrer des éléments de diversité sexuelle et de genre tout comme on l’a déjà fait à l’égard de comportements racistes ou sexistes. De plus, le leadership à tous les niveaux doit être préparé à intervenir en cas d’homophobie et de transphobie et offrir du soutien et des ressources pour les employés transgenres et en transition. Il ne doit y avoir aucune tolérance à l’égard de la discrimination envers les personnes gaies, lesbiennes, bisexuelles ou trans.

Favoriser la création de comités ou de groupes de ressources destinés aux employés et employées gais, lesbiennes, bisexuels et trans (LGBT+) et à leurs alliés

Si les politiques et les formations sont nécessaires, elles ne sont toutefois pas suffisantes. Pour manifester son soutien et son ouverture, la haute direction doit soutenir la création de groupes LGBT+. La mise sur pied de tels groupes au sein des Forces pourrait graduellement amener les gens à s’ouvrir aux réalités de la diversité sexuelle et de genre. Des thèmes comme l’hétéronormativité, l’expression de genre ou l’intersectionnalité pourraient être abordés annuellement dans le cadre d’activités de sensibilisation afin de faire évoluer les mentalités de tous les membres.

Afficher leur ouverture et leurs valeurs inclusives

Assumer ses propres politiques, c’est aussi avoir un plan d’action pour les faire vivre et les faire respecter. Les états-majors des Forces canadiennes et des différentes unités doivent afficher leur ouverture  à l’égard de l’orientation sexuelle et de l’identité de genre. L’expression de cette ouverture ne doit pas être un choix des individus, car il s’agit ici de valeurs institutionnelles. Travailler pour la Défense nationale doit être intimement lié à adopter des comportements inclusifs à l’égard de toute forme de diversité.

Les Forces peuvent afficher cette ouverture en développant des affiches publicitaires favorables aux communautés LGBT+. Elles peuvent également participer à des célébrations de la Fierté à travers le Canada. Elles disposent de plusieurs ensembles musicaux au sein de leurs unités. Ces harmonies participent à des cérémonies, bien sûr, mais également à des activités de la communauté. La participation de la musique du Royal 22e régiment lors du défilé de la Fierté serait bien reçue, je crois, par les communautés LGBT+ et par la population en général. Je suis même assez convaincu que plusieurs militaires, peu importe leur orientation sexuelle, souhaiteraient y participer en soutien à cette cause.

Des personnes LGBT+, il y en a parmi les officiers supérieurs, les officiers subalternes, des membres du rang et des civils. Une politique claire à l’égard du respect des membres des Forces est un premier pas, mais il faut que les dirigeants et dirigeantes soient cohérents dans leurs actions. Ils doivent donner l’exemple pour favoriser un climat d’ouverture et d’inclusion. Tout cela doit par contre commencer par assumer et corriger les erreurs du passé et du présent et ouvrir le dialogue pour bâtir un environnement plus ouvert et inclusif.

 

À propos d’Interligne

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