Qu’est-ce que j’ai fait de mal pour que mon enfant soit homosexuel?

Voilà une des premières réactions, bien naturelle, de la majorité des parents qui apprennent l’homosexualité de leur fils ou de leur fille. Cette réaction s’apparente à celle que ressent chaque père et chaque mère qui voit son enfant emprunter un chemin différent de celui qu’ils auraient souhaité pour lui, même inconsciemment : on aurait aimé que son enfant fasse des études universitaires et il décroche au secondaire; on aurait espéré qu’il s’installe pour trouver un emploi stable et le voilà qui choisit de voyager de par le monde, sac au dos. Dès que l’enfant se montre différent de ce qu’on aurait souhaité pour lui commence pour les parents ce qu’on pourrait appeler le « deuil de l’enfant idéal ».

Mais voilà, pourquoi chercher à s’attribuer une faute, quelle qu’elle soit, en tant que parent? Pourquoi se croire tout à coup entièrement responsable du « malheur » de son enfant? Quand notre enfant réussit admirablement bien dans la vie (par exemple, s’il gagne une médaille olympique) est-ce qu’on s’en impute tout le mérite? Il me semble que non. En tant que parent, on reconnait facilement la part qu’a joué l’enfant dans son succès; on reconnait ses capacités physiques mais aussi sa détermination et ses efforts personnels, qui n’ont souvent rien à voir avec nous. C’est ici la même chose : l’enfant gai a des motivations physiques, psychologiques et émotives qui nous échappent parce qu’il est un être à part entière, différent de nous. Et peut-être que c’est cela le plus difficile : se rendre compte que notre enfant nous « échappe », qu’il est un être « séparé » de nous. Il y a dans cette étape de la vie le début d’un deuil, celui de laisser son enfant suivre sa propre route… même s’il s’agit d’une route que l’on n’aurait pas choisie pour lui.

J’ai écrit Vivre avec l’homosexualité de son enfant parce qu’il s’agit du livre dont moi et mes parents aurions eu besoin au moment où j’ai fait mon propre coming-out à l’âge de 24 ans. Qu’est-ce que mes parents ont fait pour que je sois lesbienne? Je ne saurais le dire, parce cela ne dépend pas d’eux mais plutôt de propres déterminants physiques, émotifs et psychologiques, des expériences que j’ai vécues et de celles que je n’ai pas vécues. Je sais une chose par contre : les valeurs de base que mes parents m’ont inculquées demeurent, ce qui me permet de vivre une vie très en lien avec ce qu’ils m’ont enseignée. Et, de cela, ils sont fiers.

Quand on demande à son enfant gai ce qu’on a fait de mal dans la vie comme parent pour qu’il devienne homosexuel, on lui envoie le message qu’il est fautif, que notre peine et notre déception dépendent de lui, que c’est de SA faute si nous sommes tout à coup malheureux et désemparés. Cela est particulièrement lourd à porter, particulièrement pour un adolescent qui a encore besoin du soutien de ses parents pour se bâtir une identité d’adulte. Plutôt que de demander à l’enfant ce qu’on a fait de mal en tant que parent, pourrait-on lui dire : « je suis déçu de te savoir homosexuel parce que je ne connais pas cette réalité. J’ai de la peine. Mais tu restes l’enfant que j’aime. Ça ne change rien à l’amour que j’ai pour toi. On va cheminer ensemble. Donne-moi du temps pour me faire à l’idée ».

La question de savoir ce que l’on a fait de mal ne devrait jamais, idéalement, être posée à l’enfant. Pourquoi ne pas en parler avec des amis, avec un spécialiste de la santé, un psychothérapeute? Parce que la culpabilité et la déception que l’on ressent en tant que parent n’appartiennent pas à l’enfant. Elles nous appartiennent à nous.

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