Être gai à Lomé

13.05.2021
Le témoignage de Pierre

Avertissements (TW) : homophobie, idées suicidaires

Pierre habite à Lomé, la capitale du Togo. Depuis quelques mois, Pierre communique avec nous et collabore à différentes initiatives en tant que bénévole. À l’approche de la Journée internationale contre l’homophobie et la transphobie, qui aura lieu le 17 mai, Interligne tenait à vous partager son témoignage. Par ses mots, et grâce à son courage, Pierre nous ouvre la porte sur une réalité cachée, sur l’énorme tabou que représente le fait d’être un homme gai dans un pays où l’homosexualité est criminelle.

Bonjour

Je suis différent des autres car je suis homosexuel.

Dans le pays où je suis né, le Togo, être gay c’est un crime, un acte contre nature, une malédiction… bref, on est traités de tous les mots détestables.

Au début, j’ai eu du mal à accepter mon orientation sexuelle car j’avais honte. La peur m’envahissait car je ne pouvais pas affronter le traitement et le mépris dont je risquais d’être victime si on s’apercevait de la réalité.

Le fait de voir des homosexuels traduits en justice puis condamnés, humiliés, torturés et bien pire encore, m’affectait beaucoup psychologiquement. Mon seul souci, c’était de dissimuler encore plus mon homosexualité pour vivre tranquillement.

Un soir du mois de juin 2012, si je me rappelle bien, deux hommes, tous deux militaires, ont été surpris ensemble par une femme qui vivait en location dans la même maison que l’un des militaires. Ces deux messieurs, qui servaient leur pays avec détermination, ont été humiliés et méchamment exposés contre leur volonté juste parce que qu’ils vivaient normalement comme le commun des mortels.

Ils vivaient, voilà leur crime.

Devant cette situation, imaginez la terreur!

Ici, à Lomé, nous sommes en guerre avec nos propres frères qui ne cherchent qu’à nous créer des problèmes avec des allégations mensongères.

Moi, lorsque mes proches ont su pour mon orientation sexuelle, ça a été l’enfer. Surtout à cause de ma foi religieuse qui est très exigeante. 

J’ai été excommunié et j’ai perdu mes amis dans la congrégation. Dans ma famille, ça a été pareil car presque tous étaient de la même foi religieuse. À l’époque, j’étais en première année à l’école de droit et mes camarades se sont rendus compte de mon orientation sexuelle au même moment. La situation est devenue impossible pour moi mais, malgré ma solitude et la perte de mes amis, j’ai fait preuve de courage.

En fait, mon orientation sexuelle a été découverte suite à mes conversations sur Facebook avec un monsieur. Étant novice dans l’utilisation des réseaux sociaux, au lieu d’échanger avec le monsieur dans le Messenger, j’ai publié mes messages dans les commentaires publics. C’est à ce moment que tous mes proches se sont rendus compte de tout. C’est là que tous mes problèmes ont commencé.

À un certain moment, j’en ai eu assez et j’ai pensé au suicide. Heureusement j’ai retrouvé la force.

Aujourd’hui, je traverse toujours la même situation, mais je suis devenu très fort et je ne vis plus pour les autres. Je vis pour moi.

Bien évidemment, je garde ma discrétion, car si par malheur quelqu’un me dénonçait à la police, je serais maltraité.

Ici, à Lomé, les conditions de vie des homosexuels sont des risques de chaque jour car on peut avoir des problèmes à tout moment.

La peur d’être humilié et maltraité fait en sorte que plusieurs ont du mal à recourir aux centres d’aide LGBT pour recevoir des conseils. Du coup, plusieurs personnes sont exposées à des maladies sexuellement transmissibles, tel que le VIH.

À Lomé, la situation de la communauté LGBT est compliquée et terrible à vivre.

Pierre

Au Québec, les luttes contre l’homophobie et la transphobie sont loin d’être terminées, mais des témoignages comme celui de Pierre nous font prendre conscience des privilèges que nous avons. Faisons tomber nos angles morts et continuons à lutter contre l’homophobie et la transphobie au nom de toutes les personnes qui ne peuvent toujours pas vivre au grand jour.

Si vous êtes victime de violence ou si vous connaissez une personne qui en subit, si vous cherchez des ressources pour vous venir en aide, communiquez avec notre ligne d’écoute. Notre équipe d’intervention est disponible 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, par téléphone, texto et clavardage!

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